Il y a un genre d'éclatement d'effondrement c'est comme si...
tu sais, moi je me tiens dans l'espace et le temps grâce à des ficelles qui disparaissent là haut, me tiennent depuis toujours alors je les oublie, ou je les aime comme une partie de moi, tendues, rêches, organiques et sédimentées, ce sont d'aigres et secs boyaux ancrés au fond de mes plis, solides, durs, et polis comme des ongles.
Alors quand ça casse avec un bruit de coup de feu je ne comprends rien, ultra tendu le nerf flotte déjà en l'air, il n'y a qu'une balafre, un reste de douleur, un echo. Il y a quelqu'un qui descend d'un niveau, d'une secousse, qui perd un de ses fils. Et si je tente avec une hébétude de singe de joindre les deux bouts, je tire je tire et, me questionnant sur un morceau manquant, je doute qu'ils aient été un jour unis.
Alors moi tu sais je vis comme ça depuis la nuit des temps, au dessus du néant suspendue par le dos (et non plus par des hameçons dans le ventre) par un très petit nombre de ficelles velues et cornues. Elle doivent résister au temps comme aux intempéries, à toutes les épreuves.
Mais rien n'est à toute épreuve!
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les livres
je te laisse à tes livres, mais fais rappelle-toi, un livre ça fait le malin, ça te nargue avec des phrases intelligentes, mais au final c'est toi qui décides quand est-ce qu'il doit parler et quand est-ce qu'il doit fermer sa gueule., me dit H.qui me parle de réel, de terre, d'archi et de travail.
NON définitivement, j'ai vendu mon âme et cette phrase ne s'est jamais trouvée aussi fausse. Je ne peux pas rester en vita activa. Toute penaude je rentre à la vita contemplativa. Vendu mon âme à l'université et au statut d'éternel thésarde fauchée: il ne peut en être autrement. C'est l'unique pacte qui ne dédit pas ma nature.
Quand à l'âne catalan (symbôle d'humilité et de travail me dit-il), c'est admirable de pouvoir être dans la réalité comme ça (comme une âne) mais moi je ne peux pas, et Saint augustin (qu'il prend comme exemple de l'humilité) était un grand esthète édoniste mégalo et corrompu avant de devenir un grand chrétien angoissé tout aussi égocentré. Ne se fait pas âne qui veut!
Pis les livres, non! Ils ne se taisent pas, les p'tits ostie, quand on les ferme! Ils font tout voir à travers ce qu'on voit normalement. Ils me chuchottent dans mon bureau, jusque dans mon étude sur les financement publics. Enfer et damnation. En tout cas l'air de Barcelone a l'air crissement saint, enfin, saint, pas transcendant évidemment, plutôt les pieds sur terre. Ici y a pas de terre juste du blanc et du bleu alors c'est dur d'être sur terre, on n'y est pas, c'est pas la terre ici.
Tout ceci trouve cependant son explication dans une virée à NYC tout ce qu'il y a de plus incarnée avec ma belle américaine, décoiffant (qq dreads sont apparus). Extraordinaire et merveilleuse elle est, cette fille, je l'aime. Voilà! -
Quebec-oli
Week-end à Québec infiniment détendu flottant et magique, mais pas magique mystique, magique réel, promenée par l’ami Oli depuis son appart perché dans cette rue étrange au bout du quartier (on dirait le bout tout court pourtant c’est bohème parait-il), coloré avec vue sur la basse ville et ses lumières la nuit, et toutes les collines enneigées au fond le jour, chaleureux et plein de livres à l'ombre desquels j'ai dormi sur le divan de velours tout mou face au soleil couchant. J'ai si peu dormi tellement je voulais savoir ce qu'il y avait dans tous les livres ! Ou tellement j'étais jalouse de lire dans la couverture de chacun d'eux "Olivier, lu au printemps 2002" ou autre, bref il avait tout lu. Je me suis endormie à 4h, presque angoissée tellement il me tardait.
J'ai encore pris l'autobus américain qui va loin et part la nuit, douillet, moi j'y suis toujours comme en transe poétique et tout défile dehors et en dedans de moi super vite mais très détaillé comme au ralenti, je ne m'explique rien mais je vois les choses du dedans, et le bus, donc, s'éloigne de ma belle ville d'adoption et de ses gratte-ciels qui ne grattent pas haut et qui me font éprouver de la tendresse encore plus, je suis posée immobile toute molle très lourde sur mon siège, hypnotisée par le dehors, la perspective, les lumières, les ponts, le fait de rouler (le temps file), de partir et de réaliser que j'habite ici, alors en même temps toute tournée vers le dedans (où le temps…), ce que ça fait d'habiter ici, ce qu'il se passe, c'est quoi ma vie merveilleuse (merveilleuse pourquoi ?? d’où ?? Je travaille et…pourtant !), tout se déploie se déplie et c'est génial, tout devient accessible en même temps alors que je n'ai jamais le temps, la vie de faire autre chose que la vivre mais j'ai toujours le pressentiment que je l'aimerais ma vie si j’avais du temps de rétrospection, et ce pressentiment me suffit et c’est ça, c’est le pressentiment que c’est ça le bonheur. Besoin de rien de plus qu’un sentiment qui traverse le fond. Et là tout LE sens et celui de toutes les petites choses tourne autour de moi en dedans et pourtant il s’agit de moi et pas des choses, je vois pleins de couleurs intenses, c'est comme un grand tapis la vie, et il s’agit toujours de moi mais je m’y oublie pourtant les yeux écarquillés. Je suis un peu étourdie, le temps…boaf…
Nous on a une montagne au milieu de la ville au moins (je repense aux gratte-ciel de 40 étages pourtant très fiers), et plusieurs îles autour, c'est joli de prendre tous les ponts dans la nuit, et vers le nord je ne l'avais encore jamais fait, toute une perspective nouvelle par la grande vitre. Je me dis : le même stupide sentiment de liberté que quand je vais à Langon en train, ridiculement pas loin mais pourtant c'est comme un voyage. Québec, c'est le bled, mais pourtant y partir de nuit sans l’avoir prévu ni savoir trop ce qu'on va y faire, c'est comme le Pérou. En plus dans l'enclave bizarroïde qu'est devenu un week-end pour qui travaille à plein temps et vient de sortir du bureau, c'est une vrai faille temporelle.
Oli m'accueille comme une reine c'est à dire comme chez moi, parce qu'il n'y a pas d’enjeu ni de pression à notre rencontre, il est aussi détendu que moi, on parle non-stop très calmement et doucement au rythme de la marche pendant 2 jours. On petit déjeune tard dans le salon ensoleillé (les bibliothèques ne font de l'ombre que la nuit) et on cuisine des lasagnes (surtout lui, moi je bois le vin). Le dimanche je me laisse conduire à l'érablière manger saucisses et crêpes au sirop, "all you can eat" they say, et ensuite on marche toute la journée sans horaire dans le bois, le long du fleuve, sur la glace, il faisait doux, on était libre d'aller où on voulait avec l'auto. Je vous écris aussi pour dire que je vais hyper bien, et redire que je jure fidélité à l'université, la pensée, la poésie et l'amour (l'ordre est évidemment modulable).
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ovni
Pancakes? ou les meringues de mon frêre...

