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le vendeur d'eau de M.

" Ca c'est drôle en te lisant je m'aperçois que j'ai lu ce tableau d'une manière tout à fait contraire au bon sens. J'ai tellement été happé par la monumentalité du personnage du premier plan que je n'ai pas imaginé une seconde qu'il pût s'agir du vendeur d'eau. C'était donc le fiston du tavernier qui apportait l'eau au vieux brigand ou chevalier errant, débarquant avec sa troupe, un des compagnons buvant de l'eau derrière. La commisération de l'enfant regardant le manteau déchiré ne m'est point apparue. Tout se dessine dans le jeu entre la transparence du verre, la fraicheur de la grande jarre et la cruche bizarrement cabossée, la fraîcheur du jeune garçon et la figure burinée en terre cuite du vieil homme. Et ce qui apparaît mystérieux c'est la rencontre de ces deux âges : de toute évidence il se passe qqchse, le garçon semble éprouver qqchse qu'il ne peut pas tout à fait déterminer. Il ya qqchse de péguy que j'ai lu récemment et qui s'applique bien:

" Vous, péguy, vous n'avez connu que le vieillard. Vous n'avez point connu le vieux. (...) Vous avez connu la chevelure d'argent, la tête olympienne ; Zeus lui-même ; et la face exactement rasée. Vous avez connu la face de la médaille. Mais vous n'avez pas connu le vieux. (...) Tout ce que les paysans de votre pays, péguy, mettent dans ce mot, un vieux, tout ce qu'il y entendent, tout ce qu'ils y mettent de noueux, de raciné, de ayant résisté, de ayant poussé, de ayant vieilli, de ayant tenu le coup, de ayant passé par n'importe quoi, victorieusement, et pour ainsi dire de ne devant jamais finir, c'est tout cela qu'il faut mettre dans le mot et dire du vieil Hugo : C'était un vieux."

Le vieux qui a l'air de sortir d'un désert cherche peut être à se désaltérer, et on (et il) ne peut pas ne pas penser à l'innocence et à la fraîcheur correspondante du petit garçon. Il me semblait que le petit se trouve subitement devant le temps, le vieillissement, et c'est ce qui le trouble, mais le fascine en même temps. Quant au vieux, la façon dont il surplombe la scène lui donne l'air de la porter en lui, de l'avoir davantage intériorisée, plus que le gamin qui incline la tête, comme effrayé de ce qu'il entrevoit...
Ce que tu me dis du tableau me serre le ventre parce qu'effectivement vue comme ça (et comme elle a été voulue par l'artiste je suppose) la scène est très gênante et même pathétique. Mais ce qui est curieux c'est que cette interprétation même si elle me paraît maintenant évidemment la bonne ne détruit pas du tout le premier regard que j'ai eu sur elle. C'est étrange qu'il n'y ait pas d'obstacle pour moi -malgré l'intention évidente de l'artiste- à cet autre regard, alors que la commisération et la fascination, la gêne et la majesté, ce n'est pourtant pas la même chose"

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